Au cœur du delta

Publié le par claireetgilles.over-blog.com

On a déjà bien remarqué à Chau Doc que tous les véhicules ont un klaxon et semblent fiers de le faire entendre. D’ailleurs, on se demande si un engin dépourvu de cette option serait vendable. Le conducteur du bus qui nous emmenait vers Can Tho et qui semblait hésiter entre la conduite anglaise et celle en vigueur semblait fier d’en avoir deux (comme papa) : l’un, déjà assez fort pour prévenir et l’autre, à 2 tons et impératif disant « faites gaffe à vous, je passe. » Il nous semblait d’ailleurs avoir compris les règles de priorité à savoir que le conducteur prioritaire est celui qui a décidé de passer. Les piétons quant à eux ne sont jamais prioritaires … tant pis pour eux.

On arrivait à la gare routière accueillis par une haie de propositions pour nous rendre en ville. On avait calculé que le prix d’un taxi pour nous rendre à notre hôtel réservé devait être d’environ 80000 Dongs (soit environ 3,30€). En rigolant on leur disait qu’on voulait le moins cher et 2 d’entre eux étaient désignés. En leur demandant «Combien ?», ils nous répondaient 40000 D pour chacun de nous et on disait OK. Ce qu’on n’avait pas prévu du tout, c’est qu’ils allaient chercher tous les deux leur petite pétoire et qu’on se retrouvait passagers avec nos gros sacs sur le dos à s’engager dans la circulation en ayant payé le prix très fort et sans négocier : je pense qu’ils en rigolent encore bien tous les deux.

On avait réservé 3 nuits mais, l’attraction du lieu résidant seulement dans la visite des marchés flottants, on n’en envisageait plus que 2 pour passer un peu plus de temps ailleurs dans le delta. Mais voilà-t-y pas, qu’à l’hôtel nous est proposée une sortie d’un jour et demi, avec un guide, dans un petit village, incluant la visite des 2 marchés flottants réputés intéressants …. Alors banco, ils nous gomment une nuit réservée contre cette excursion et le départ est prévu pour le lendemain 6h … nous qui voulions nous poser un peu.

Donc le lendemain, sac allégé sur le dos, fleur au fusil, on part en bateau de bon matin pour le 1er des marchés sur l’eau. On se balade au milieu des péniches à gros yeux pour scruter le fond des marchands en gros qui exhibent en haut d’une perche le produit qu’ils vendent, entourés d’un essaim de petits bateaux de détaillants qui viennent chercher les produits qu’ils revendront sur un marché ou dans une boutique : c’est le Rungis du coin, magnifique de couleurs, de bruits de moteurs, d’odeurs, de voix. On petit déjeune d’une délicieuse soupe de nouilles au porc avec un café sur le bateau avant d’aller visiter une fabrique de nouilles de riz. Même s’il est classique, le procédé est intéressant et Claire ne peut pas s’empêcher de faire la nouille avec eux en étalant la pâte.

Sur le programme, on devait aller ensuite au 2ème marché mais Joe, notre guide, dit qu’il est trop tard. On râle, bien sûr, et on obtient gain de cause en prévoyant d’y aller le lendemain matin mais faudra se lever très tôt !

Après une nouvelle traversée du marché, une voiture nous emmène jusqu’au bord d’un bras de rivière (ou grand canal ?) où nous attendons un petit moment notre nouveau véhicule, une longue barque étroite qui nous glisse jusqu’à notre "homestay" qui est en fait une maison d’hôtes, au milieu des canaux de cette venise verte vietnamienne, entourée d’un jardin luxuriant et de moustiques, avec quelques bungalows en bambou dans lesquels on trouve des commodités à l’occidentale dont ventilateur et …. moustiquaire. A peine installés, on entend notre première averse, pas trop forte mais les trous dans le toit de palmes n’empêchent pas la pluie de tomber dans la chambre. Joe vient nous dire que normalement il ne pleut pas … c’est rassurant. Ce n’est certes pas le confort luxueux promis mais …dépaysement total, c’est sûr.

On rencontre assez peu nos hôtes puisque c’est Joe qui s’occupe entièrement de nous. On commence par un peu de pêche à la ligne et sans avoir osé refuser, on se prend au jeu et nous attrapons chacun un petit poisson chat avant le déjeuner. Superbe table pour nous trois seulement et Joe qui nous apprend leur façon de manger même si je persiste à faire de la résistance avec les baguettes. Il nous montre aussi le mélange des aliments, gros poisson, riz, légumes, sauce pas trop épicée … fort bon tout ça. Il nous faut alors un moment pour digérer pendant que lui, dit-il, a beaucoup de paperasses à remplir pour cette sortie.

Et nous partions ensuite à bicycleeeeeetteu. Ma selle, fort basse au départ me faisait craindre, presque, de me cogner les épaules avec les genoux à chaque tour de pédale (si j’en entends dire que je ne suis pas assez souple pour ça !!!) aussi je décidais de me battre avec elle pour sortir la potence et je gagnais le combat mais celle-ci supporta mal mes 8O kg car elle affichait un angle anormal au retour.

On empruntait ainsi sur quelques kms des allées bien agréables au bord des canaux car ce village n’est accessible qu’aux deux-roues et aux bateaux. C’est en fait un « village canal » dont les maisons avec jardin sont coincées entre le canal et les rizières. En chemin on pouvait s’arrêter pour voir comment le riz était écossé, séché, conditionné, transformé en farine et avec quelles machines. Dans une « ferme » on pouvait aussi aller à la cueillette des champignons et d’autres légumes du jardin que la « fermière » allait vendre le long du chemin dans le village. J’imaginais ainsi Jeannot, le papa de Claire, sortant de son jardin avec son p’tit panier sous le bras pour aller dans les rues de Château : « Venez voir mes belles patates, mes carottes, mes navets, pas chers du tout ! ». On assistait d’ailleurs plus loin à une de ces ventes qui était assez âpre quant à la discussion sur la qualité des légumes.

Encore plus loin, c’était une école qui nous ouvrait ses portes, Claire en avait la larme à l’œil, si, si. Des élèves nous présentaient leur danse sur … la prévention routière, quelle coïncidence. On ne leur a pas dit pourtant que j’en faisais un peu aussi chez nous. Claire ne pouvait s’empêcher, nostalgie oblige, d’aller visiter les salles de classe, de surveiller la récréation et de discuter pédagogie avec les enseignants. Dans cette école de 230 élèves, la moitié vient le matin de 7h à 11h et l’autre partie de 13h à 17h. Chaque classe a environ 25 élèves alors qu’en ville cela peut être 30 et parfois bien plus.

Revenus à la maison, on part assez vite en bateau pour une balade dans les rizières et pêcher à l’épervier : apprentissage difficile et laborieux. Claire n’a même pas voulu essayer. Au fil des canaux on assiste au spectacle de la toilette du soir et au coucher du soleil. Moment calme et hors du temps.

De retour au "homestay", c’est la leçon de cuisine qui nous attend : on va participer à la confection des pancakes mais tout est prêt, il suffit de verser la pâte dans les creux d’une poêle sur un feu de bois et c’est à Claire qu’on donne la louche, tout comme la spatule ensuite pour mélanger les melons d’eau dans une autre poêle. Le repas du soir, poisson chat en soupe et en brochette avec des légumes, du riz et de la sauce est aussi délicieux que celui du midi. Tout de suite après, 20h30, chacun chez soi et on va dans notre bungalow commencer notre nuit pas banale, encerclés de moustiques et autres bêtes féroces.

On dort pourtant plutôt pas mal pour partir après un café rapide vers 5h45 en petit bateau puis voiture jusqu’au 2ème marché flottant qu’on avait réclamé la veille. Celui-ci est beaucoup moins grand que le 1er mais plein de charme avec ses bateaux plus petits et, comme pour l’autre, ce sont essentiellement des femmes qui viennent acheter aux "grossistes" et qu’est-ce qu’elles sont belles sous leur chapeau conique dans leurs tenues multicolores ! On se régale les yeux, les oreilles, le nez et les papilles car on petit déjeune encore une fois d’une soupe de nouilles au porc avant de rentrer en ville et de retrouver notre hôtel.

Quelle agréable escapade !

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aimonetti B and J 20/03/2017 19:12

Delta du Mékong.Excellent !!! et apparemment vous avez navigué avec un super bateau ce qui n'avait pas été le cas quand nous l'avions éfféctué.J'ai encore le souvenir d'une embarcation locale équipée d'un moteur de récup.de la guerre d'indochine.Folklore garantie!!!!.Il est vrai que c'était il y a pas mal de temps déjà..Bonne continuation et profitez en un max.Amitiés.

marie STM 20/03/2017 11:28

oui, superbes couleurs! MCC.

Annie Brulé 19/03/2017 11:53

Ah! Merci de mettre dans le gris de notre ciel, cette palette de couleurs et de nous faire partager ces rencontres, ces pratiques et ces multiples petits contretemps, voire mésaventures, narrés avec détails et humour. Bravo Claire pour la main mise à la pâte à nouilles!!! Je pense que je serai assez experte aussi car j'ai fait, 120 crêpes (bretonnes) l'an passé, à Larmor avec, et pour une classe de CP...
Bonne continuation et bises.