Phnom penh

Publié le par claireetgilles.over-blog.com

Pour parcourir les 300 kms qui nous séparent de Phnom Penh, on a choisi le bus de ligne, pas trop cher (15$ chacun) et de jour pour voir les paysages et la vie autour de cet axe. Pour les paysages, on n’a pas vraiment été gâté, c’est tout plat, à peine quelques monticules. Les rizières du début sont toutes sèches, il n’y a en effet généralement qu’une récolte par an en novembre et rares sont celles qui ont suffisamment d’eau pour être vertes en cette période. Suit après un paysage de cultures céréalières semble-t-il où l’on peut parfois apercevoir des stigmates (trous profonds dans les champs pas forcément dûs aux opérations de nettoyage au napalm par les américains qui ont plutôt touché la partie est du pays) causés peut-être à l’occasion de la prise de pouvoir par les Khmers Rouges en 75.

C’est dimanche et, sur le trajet, comme on l’avait déjà vu à Siem Reap depuis vendredi, on remarque beaucoup de mégas teufs organisées au bord de la route, empiétant même parfois sur la chaussée : une musique tonitruante s’entend à l’avance puis on voit quantité de convives sous un barnum plus ou moins grand dans une déco souvent fort kitsch. On ne sait pas quelles sont les raisons de ces fêtes.

Avant d’arriver, c’est un paysage d’élevage avec de grand palmiers et Claire s’occupe à essayer de photographier les meules de foin ou les habitats traditionnels sur pilotis qui passent trop vite devant elle quand une explosion retentit : ce n’est qu’un pneu d’une roue jumelée arrière, heureusement, qui éclate. Le plus étonnant est qu’il suffit au chauffeur, après l’arrêt sur le bas-côté, de faire une marche arrière d’une cinquantaine de mètres pour se retrouver devant un atelier de garagiste dont un ouvrier, en ce dimanche, changera la roue en une vingtaine de minutes avec seulement l’aide du chauffeur qui mettra un peu les mains dans le cambouis.

Parvenus au terminal de cette compagnie qu’on n’avait pas bien situé, loin de l’hôtel réservé, on partage le tuk-tuk avec un natif qui a son hôtel pas loin du nôtre qui est bien situé : proche de la Tonle Sap, (affluent du Mékong) et du palais royal.

Phnom Penh, c’est une autre dimension : chaque sortie est une aventure car rien n’est fait pour les piétons qui ne sont nullement considérés et, parfois, il vaut mieux fermer les yeux en montant dans un tuk-tuk. Les trottoirs sont inexistants ou totalement encombrés de 4X4, de terrasses, d’ordures ou de gens qui y vivent, ce qui fait qu’on marche toujours sur la chaussée sur laquelle le piéton est « quantité négligeable ». Quant à traverser, selon l’avenue ou la rue, il doit y avoir une mesure officielle sur la prise de risque mais quel que soit l’axe, il faut :

  • Ralentir sa respiration, se concentrer, et bien penser qu’on ne peut pas espérer que les véhicules freinent en nous voyant, c’est l’ennemi à éviter à tout prix,
  • descendre du trottoir en surveillant bien à gauche mais aussi à droite car certains roulent à double sens,
  • apprécier les vitesses des véhicules différentes pour chacun, courir en serrant les fesses dès qu’on pense avoir le temps d’atteindre l’axe médian en surveillant à droite car certains empiètent sur la partie gauche de la chaussée,
  • tout en se préparant à faire la même chose avec l’autre sens de circulation rentrer le ventre ou les fesses selon les frôlements,
  • si on a réussi tout ça, aller brûler un cierge dans la première église mais comme elle sont trop rares, ce sera trois bâtons d’encens dans le prochain temple.

Pour notre première balade, il fait nuit noire alors inutile de vous dire le nombre de prières qu’on a faites à notre retour.

Notre sortie du lendemain matin nous amène au marché central, cœur commercial de la ville où l’on peut trouver tout ce qu’on peut chercher mais Phnom Penh, c’est LA ville mémorial des 4 ans des Khmers Rouges, de leur absurde génocide et de leurs destructions. Après avoir vidé la ville de ses habitants, détruit les bâtiments religieux en partie, fermé les écoles et les édifices culturels, ils ont réinvesti les lieux à leur façon. Un lycée leur a servi de prison, appelée S21, S pour sécurité, et a été conservé tel quel en musée de mémoire. C’était un lieu secret de détention, de centre de torture pour faire avouer à tout prix, pour finir par l’exécution des prisonniers. Dans leur paranoïa, tout le monde était suspect et les bourgeois, intellectuels, artistes, porteurs de lunettes ou de cheveux longs considérés d’emblée comme coupables c’est-à-dire emprisonnés, torturés pour faire des aveux puis exécutés. Il y avait plusieurs de ces centres dans le pays et avant que l’armée vietnamienne ne les chasse du pouvoir, c’est un génocide d'environ 2 millions de cambodgiens en 4 ans, dans l’indifférence, voire avec le soutien international qu’ils ont pu commettre avant de revenir aux premières places politiques, y compris à l’ONU après le départ des vietnamiens en 1989. De plus, pendant leur guérilla contre l’occupant vietnamien, armés par la chine, ils ont continué de s’en prendre aux habitants en posant des mines anti personnels mutilant les gens qui allaient travailler dans les rizières pour ruiner l’économie du pays. Nombre de ces mutilés, pour gagner leur vie maintenant, se produisent dans des orchestres traditionnels aux abords des temples.

Plombant tout ça !! mais, se souvenir, c’est peut-être mieux connaître les risques que ça se reproduise et les anticiper … en utilisant son droit de vote au moins ???

Pour se ressourcer un peu, on se la fait un peu mystique et zen en allant au wat Phnom, temple qui n’en vaut la peine que parce qu’il y a une statue de madame Penh, fondatrice de la ville selon la légende et surtout parce que c’est un lieu de promenade des habitants, bucolique à souhait dans la frénésie de la circulation.

Le lendemain on se consacre au palais royal, aux ors et dorures plutôt qu’aux barbelés. C’est beau, c’est clean et intéressant pour le prestige du roi, Norodom Sihamoni, fils de Sihanouk mais on ne peut pas oublier qu’il n’a quasiment aucun pouvoir, celui-ci étant tenu d’une main de fer par le 1er ministre, Hun Sen.

Suite à ces écrits, on a prévu de quitter ce beau pays accueillant dont les habitants, malgré leur passé sont souriants et pleins d’humour, pour passer au Vietnam demain en bateau par Chau Doc.

Et la vie continuera à Phnom Penh sur le Mékong et ses affluents

 

 

 

 

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Kza 18/03/2017 09:10

Salut les voyageurs..... Merci pour cette intrusion dans votre voyage..... Merci pour vos photos et commentaires
Les khmers..... quel genocide horrible..... Les Hommes sur terre font tellement de conneries.....c'est pourquoi je pars en mer !!!

geraldine 14/03/2017 23:38

sans doute éprouvante cette visite du S21 kmer ? J'ai bcp apprécié vos conseils pour traverser les rues: abdo et fessiers vont etre bien musclés à votre retour:-)
le Vietnam vous attend désormais . Allez vous sur l'Ile de la Baleine ? gros bisous et belle poursuite et merci de ce super partage !

Annie Brulé 14/03/2017 17:03

Ah! qu'il est sympa de nous faire partager votre voyage et d'en recevoir un compte rendu précis, drôle et qui réactive notre mémoire d'une Histoire contemporaine, proche de nous: je me souviens bien de l'actualité de cette période de conflit... Je suis ravie que les habitants, malgré ce sinistre passé, aient le sourire... Bon ben moi, je vous envoie l'écho de ma balade en vélo, hier, à Axo Plage où j'ai pu observer quelques oiseaux... Bon, je sais,rien à voir!!! Je vous envoie mes cordiales pensées et vous souhaite le meilleur pour la suite que j'attends avec appétit!